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L’enfer, c’est Endemol

En ce début 2019, une vidéo postée par Morgane Enselme, une ex-candidate de Secret Story, tombe comme un pavé dans la marre, boueuse, de la télé-réalité. Pourquoi il faut écouter ce qu’elle nous raconte sur les dérives de ces programmes très regardés.

L’enfer, c’est Endemol
Par Julien Grunberg
Jan. 8, 2019

C’était il y a une éternité. Les tours du World Trade Center étaient en place, Beyoncé (Destiny’s Child) s'apprêtait à prendre le pouvoir avec la déferlante Survivor et Jacques Chirac était encore président de la République. Au même moment, au printemps 2001, une émission télévisée rentrait sans prévenir dans le quotidien des Français, découvrant avec un mélange de curiosité et de consternation un programme, un format inédits et de vraies personnes semblant surgies de nulle part mais bel et bien réelles. Avec Le Loft, la télé-réalité faisait son apparition avec son lot de célébrités pour la plupart éphémères. Et surnageait dans cette orgie de plaisir coupable une Loana un peu déboussolée qui sut néanmoins tirer partie de l’expérience en gagnant à sa sortie un certain pactole, avant que les déboires de la célébrité prennent le dessus, lui fassent perdre pied et traverser un enfer public, qui fut aussi long que douloureux. On découvrait sur Twitter l’ampleur des dégâts, sans trop comprendre, à part pour des raisons évidentes liées à la vie privée et au cheminement personnel, pourquoi quelqu’un d’intelligent (c’est loin d’être le cas de tous les candidats de télé réalité) pouvait sombrer à ce point.

A vrai dire, coupables - encore - d’avoir participé passivement au phénomène, on avait renoncé à en savoir plus. On a rouvert des livres, on s’est abonné à Netflix. En plus, la Loana en question semble avoir remonté la pente et on a cessé depuis 2003 de regarder toute émission du même acabit, parce que quand même, disons-le, c’est un peu la honte de regarder ça passé 12 ans.

Pourquoi alors reparler de tout ça aujourd’hui ? A cause du long témoignage d'une ex-candidate de Secret Story, programme d’Endemol comme Le Loft, qui n’étant plus retenue par sa clause de confidentialité signée avec la production a décidé de tout déballer sur l’envers du décor. On se doutait que les dessous d’Endemol n’étaient pas jolis jolis mais en l’occurrence les mots précis, mesurés mais redoutables de Morgane Enselme, la fille de la journaliste trans Brigitte Boréale (le détail a son importance si vous regardez la vidéo), dépassent tout ce qu’on pouvait soupçonner sur le degré de trashitude du programme. Et son absence de moralité, qui passe par un mépris total de l’individu, utilisé froidement tel un rat de laboratoire. Le témoignage, édifiant, en dit long sur ce que certains sont prêts à faire au nom de l’audimat, et les victimes de ce système. Fascinant aussi de penser au cynisme total des gens derrière ces productions, indifférents aux conséquences de leurs agissements, et donc au sort des candidats qu’ils utilisent. 

Certains ne manqueront pas de répliquer que, telle Morgane Enselme, ils savent aussi tirer partie de l’expérience, qu’ils en tirent même un profit substantiel, et donc qu’ils ne sont pas à plaindre. Voire qu’ils crachent dans la soupe. Mais avec de tels arguments on pourrait aussi en venir à légitimer tout et n’importe quoi, jusqu'aux plus sordides des agissements. Et pourquoi pas, tant qu'on y est, préconiser le viol pour rendre les gens plus forts ? Un mal pour un bien, en quelque sorte, et tant pis pour celles et ceux qui morflent en silence, et dont on ne parle pas. Un mot, approprié, vient à l’esprit : dégueulasse. Un peu comme l'hygiène des candidats de Secret Story.