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"Sex Education", la série qui fait du bien

Tout le monde semble d’accord : regarder les huit épisodes de la nouvelle série Netflix, avec Gilian Anderson et de jeunes comédiens généreusement dotés (de talent), est tout simplement jouissif. On vous dit pourquoi.

"Sex Education", la série qui fait du bien
Par Julien Grunberg
Jan. 24, 2019

« J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf. » Quand Virginie Despentes dévoilait son essai King Kong Theory, en 2006, on savait que ses mots résonneraient longtemps dans nos têtes, mais aussi qu’ils auraient peu de chance de trouver un écho, une voix similaire à la sienne, au cinéma, les livres ou dans les séries télé.

Citer du Despentes pourrait sembler bizarre pour parler de Sex Education, la série Netflix dont tout le monde parle, pour une fois à raison, en bien. Mais l’auteure de Baise-moi, depuis longtemps accro aux séries, pourrait se retrouver, je crois, sans problème dans cet univers à la fois rock’n’roll, politique, sociologique, psychanalytique et, surtout, superfun.

Il n’y est pas directement question de féminisme, certes, et le sujet principal reste celui d’un ado tourmenté par sa mère (délicieuse et insupportable Gilian Anderson). Sujet principal  donc, mais pas central, puisque tous les personnages qui gravitent autour de ce couple mère-fils ne sont pas loin de leur voler régulièrement la vedette. A commencer par Maeve, de loin la plus futée, la plus solide et la plus complexe des personnages de la série. Stigmatisée en tant que traînée du lycée, elle fait (un peu) peur et fascine (beaucoup). Dans le genre féministe, on a rarement frappé aussi fort ni fait aussi bien. Dans Sex Education il est aussi et souvent question de plaisir féminin, rapporté aux diktats sociétaux et à la domination masculine.

Et puis, il y a, évidemment, Eric. Noir et ouvertement gay, il dérange moins par sa sexualité qu'à cause de son identité queer, non-binaire. C’est aussi un loser, un bras cassé, un « anormal », dans le beau sens du terme.

La normalité, la réussite et la performance, si tant est qu’elles existent, sont régulièrement questionnées dans la série, qui tend au contraire à célébrer la différence, l'erreur, le doute et la singularité. Au pluriel.